20.08.2014

Il y a 70 ans, le 20 août 1944, Salles libérée

Il y a 70 ans, le 20 août 1944, Salles libérée

Le 20 août 1944, il y a soixante dix  ans, la horde nazie abandonnait notre village. Nous avons retrouvé dans nos archives un témoignage écrit sur cette journée par un sallois:


Cette année la, les vendanges étaient un peu avancées. Comme nous n’avions pas grand-chose en fait de ravitaillement à nous sous la dent, j’étais parti à vélo à Narbonne à la recherche d’un peu d’approvisionnement. Nous avions quitté le village sans nous douter de quoi que ce soit, car tout était comme les jours précédents. Nous roulions vers Narbonne bien tranquillement. Arrivés à mi-chemin entre Coursan et Narbonne, nous aperçûmes de chaque côté de la route des troupes allemandes et des véhicules de toutes sortes arrêtés et dont les chefs semblaient donner des ordres. Nous passâmes sans mot dire mais cela nous parut anormal. Nous arrivâmes à Narbonne. Après avoir fait quelques courses peu fructueuses nous nous arrêtâmes pour nous rafraichir au Café des 89 Départements. Tout à coup nous entendons une formidable détonation qui nous fit croire à une arrivée d’avions. Puis une autre détonation et les coups de canon se succédèrent dont le bruit venait du côté de Perpignan et de Carcassonne. Nous cherchâmes à nous informer sur ce qui se passait sans pouvoir obtenir le moindre renseignement précis. Entre onze heures et midi nous décidâmes de rentrer chez nous à vélo, comme nous étions venus. Sur la grande route nationale ce n’était qu’un va-et-vient de personnes chuchotant, la plupart s’en retournant car elles étaient des villages voisins, comme nous. 


A la gare de Narbonne nous nous arrêtâmes et nous que les Allemands se retiraient, en ayant le soin de s’emparer des vélos de tous les civils. Nous nous gardâmes bien d’aller plus avant et nous suivîmes les bords du Canal afin de gagner Cuxac pour nous rendre à Salles. De ce côté-là impossible de passer encore. Nous étions bien contents d’apprendre que les Allemands étaient en déroute et qu’ils étaient pourchassés par la Résistance, mais nous étions anxieux aussi de rentrer chez nous auprès des nôtres. Nous essayâmes de quitter Narbonne par la route de Vinassan. Tout était gardé par des soldats allemands armés. Mon ami me dit : « il faut tout de même trouver un joint pour rentrer. Il faut que nous gagnions la campagne par un coin de la ville et nous irons à travers champs et vignes ».


Nous prîmes la rue Paul Louis Courrier. Le vélo sur l’épaule nous traversons les vignes et nous passons derrière l’ancien stade Falcou pour aller déboucher sur la route de Vinassan au coin du tout petit domaine du Vignolet. En vitesse, sur la route libre, nous franchîmes Vinassan par crainte d’être arrêtés, nous traversâmes Céleyran et nous arrivâmes en toute tranquillité chez nous vers les quatorze heures.
A Salles, tout se passait dans le calme. Je rentrais chez moi sans apprendre rien de nouveau sauf que les Allemands que je logeais à mon corps défendant depuis deux ans étaient partis sans laisser leur adresse. Je me mis à déjeuner tout en racontant mon odyssée à ma femme. Après déjeuner vers quinze heures, je me rendis sur la route.


A la forge de M. Guillière, exploitée par les Allemands, il y avait quelques personnes rassemblées et plus aucun ennemi dans la forge. Je m’approchais d’eux et je me mêlais à leurs conversations enthousiastes. Au bout d’un moment deux soldats allemands arrivèrent, déposèrent deux sacs d’outils et nous dirent « départ, Agde ! ».


Dès cet instant, avec les chevaux et les chariots volés aux propriétaires, avec leurs véhicules, chevaux, motos, vélos, à pied, tous les allemands du village défilèrent vers Fleury suivis par ceux qui venaient de Coursan. Au dernier passage qui traversa le village, Louis Camp fit la remarque suivante : « Ils n’ont pas la rate pour s’en aller ». Un des Allemands ayant compris marqua un temps d’arrêt et répondit avec arrogance portant même la main à son arme et tout faisait prévoir sur sa figure qu’il en aurait fait usage.
A  18 heures, le pays était déblayé lorsque trois soldats allemands égarés arrivèrent au carrefour de Mme Lescure. Ils se laissèrent désarmer et partirent vers Coursan, tournant le dos aux troupes avec l’intention certaine de déserter ou de se constituer prisonniers, puisque trois jours après ils étaient encore dans les environs de Coursan.


A 19 heures, tout le village était illuminé, les cafés, grands ouverts et toute la population dans la joie fit la fête toute la nuit. Quelle journée !

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